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Strougatski, Arkadi : Il est difficile d'être un dieu

On ne remonte pas impunément le cours du temps. Anton, membre de l'Institut d'histoire expérimentale, demeure depuis six ans au royaume d'Arkanor. Ce royaume féodal, qui chaque jour s'enfonce un peu plus dans la violence et la barbarie. Il essaye de faire entendre et partager à ses collègues la gravité des évènements qui se déroulent à Arkanor où la violence est systématisée et dirigée contre des éllites intellectuelles.
Seulement, les Terriens, une vingtaine, sont sur cette planète en historiens. Et un historien n'intervient pas dans le cours de l'histoire. Il l'observe, la relate, la problématise, mais il n'intervient pas.
Seulement, à respirer, à manger, à parler parmi les habitants de ce monde qui ploie sous la violence et l'injustice sociale, si éloigné de leur monde natal, certains membres de l'Institut ont cherché à faire dévier le cours de l'histoire, en prenant les armes, en lançant la révolte. Cela n'a rien changé.
Qu'en sera-t-il d'Anton, alias don Roumata d'Estor ?

Anton/Roumata, me fait penser au Lorenzaccio de Musset. Jeune, intelligent, probe, honnête, il a choisi de se travestir moralement pour une cause. Seule différence apparente, et de taille, si Lorenzo a résolument consenti à la violence, au meurtre et au sacrifice, le temps auquel appartient Roumata exclut l'usage d'une violence irréversible. Tous les deux sont cependant marqués des stigmates de leur immixion dans un monde étranger, l'un par le vice et la dépravation, le second par la violence et l'attitude du grand seigneur. Tous deux sont englués dans un rôle et confondent parfois le rôle et l'acteur.
" Cela faisait six ans qu'il menait cette étrange double vie, il s'y était habitué en quelque sorte, mais parfois, comme en ce moment, il avait brusquement le sentiment qu'il n'y avait pas de cruauté organisée, d'oppression grise, mais qu'il assistait à une bizarre représentation théâtrale, avec lui, Roumata, dans le rôle principal. "

Un livre somme toute classique dans son traitement narratif, avec quatre rencontres qui sont autant de pivots décisifs. Le lecteur n'a pas à déterminer une position, il suit celle de Anton/Roumata et son double niveau de lecture des évènements d'Arkanor.
La noirceur du propos est réelle, bien qu'elle puisse aujourd'hui paraître modérée. La dénonciation du totalitarisme, et de l'inertie de ceux qui le subissent et en profitent tout à la fois, martelée. " La froide cruauté de ceux qui tuaient et la tranquille soumission de ceux qu'on tuait, voilà le plus effrayant. "
Touefois, certains éléments comiques, grotesques, ironiques, allègent un instant le propos des auteurs. Don Taméo qui ne parvient pas à arrêter de boire et don Sera " Je ne vois pas pourquoi une personne de qualité de recevrait pas une paire de coups de verges de la part de Sa Sainteté " sont là, comme des bouffées d'oxygène, de même que le jeune valet de Roumata, Ouno, le baron Pampa, ou son amie, Kira.

SITE : Culture-sf.com
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