Il y a quelques années, des milliers de sondes sont venues orbiter autour de la Terre, pour nous "prendre en photo". Et ces données, nous avons pu en découvrir les destinataires, quelque part dans le lointain de l’espace.
Afin d’enquêter sur ces extra-terrestres un peu trop curieux, une mission est envoyée, avec pour but le fameux Premier Contact. Elle est composée d’un équipage hétéroclite d’humains plus ou moins améliorés, et surtout du narrateur du roman et accessoirement en charge de l’Histoire de ce grand moment.
La Science-Fiction vous semble parfois trop peu conceptuelle, trop peu ambitieuse, ne sortant que trop peu l’artillerie lourde ? Alors « Vision aveugle » pourrait vous convenir !
Ce roman se centre sur la bonne vieille thématique du Premier Contact, pour nous proposer un texte dense, fouillé.
Nous sommes à la fin du XXIe siècle. Quelques années avant le début du livre, un grand nombre d’artéfacts extraterrestres sont venus en orbite de la Terre, et nous "prirent en photo" avant de brûler dans l’atmosphère.
Il fut donc décidé par les dirigeants de l’époque de créer une mission en charge de s’approcher du destinataire de ces informations (et qui semble avoir pris position dans la ceinture de Kuiper).
Un équipage étrange est donc formé, d’individus les plus à même de remplir le rôle qui leur est assigné pour cette mission (un capitaine de vaisseau, un linguiste, un biologiste, un militaire, et notre narrateur : un "synthétiste", chargé de rendre compte aux autorité du déroulement de la mission)
Un livre ambitieux, mais qui, pour moi, ne remplit pas la (lourde) tâche qu’il s’est assigné.
Prenez le grand « Solaris », ajoutez quelques scènes à la « Event Horizon », et ajoutez des termes scientifiques lourds et opaques, et vous obtiendrez presque ce « Vision aveugle ».
Et ce n’est au final pas le moindre défaut que je trouve à ce livre : sa hard science ultra poussée, sur un sujet (et surtout dans un traitement) déjà lu et relu quinze fois (et qui possède au moins un grand chef-d’oeuvre, justement avec le « Solaris » de Stanislas Lem...)
Car l’écriture de Peter Watts n’a pas la fluidité de certains grands textes au background scientifique lourd, proposant un effet de surface très désagréable.
C’est très bien d’écrire une science-fiction la plus exacte possible pour ce qui est de sa scientificité (et la postface est là pour montrer les longues recherches menées par l’auteur pour y parvenir). Mais en tant que lecteur, il m’est opaque de lire que telles sondes envoyées ont suivi une trajectoire en "spirales de Lorentz" (p. 104) ou que le regard d’untel est parvenu à percer "toutes ces couches de Klapton, de Chromel et de polycarbonate" (p.143). Et le roman est rempli de ces termes encore une fois certainement tout à fait exacts et intelligents, mais pas du tout parlants.
Tout se passe comme si l’auteur avait fait de la scientificité de son ouvrage l’objet premier.
Et c’est pourquoi cette foule hétéroclite d’individus a été choisie : on a envoyé le meilleur linguiste (qui possède 4 personnalités en lui), le meilleur biologiste, etc. Mais on a oublié le tout premier d’entre eux : un émissaire. Tout se passe comme si l’auteur n’y avait même pas ne serait-ce que pensé.
Et pourtant, le sujet soulevé, qui se cache derrière cette simple histoire de “Premier Contact”, aurait pu donner matière à un roman inoubliable.
Tout comme dans « Solaris » (encore...) mais à une échelle plus pointue, ce qui intéresse Peter Watts dans ce roman, c’est s’interroger sur l’homme et sa dimension consciente / inconsciente.
Quelle place possède l’intelligence et la conscience dans le processus naturel de la race humaine ? Pourquoi donc sommes-nous conscients, alors que c’est un processus gourmand en énergie, et que d’autres formes de vie s’en sortent plus que parfaitement sans cette sacro-sainte conscience ?
Questions existentielles s’il en est, qui sont abordées tout au long du roman, et qui en fournissent le fil rouge le plus intéressant.